Peut-on entreprendre sans avoir fait une grande école ?

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Les grandes écoles savent très bien accompagner les jeunes startuppers à la création d’entreprise. Cela n’empêche pas des profils issus d’autres parcours d’entreprendre, quatre exemples à l’appui. Reste que les obstacles sont pour eux, bien plus nombreux.

L’entrepreneur autodidacte, parti de rien, serait-il un mythe ? A première vue, il faut croire que oui. “Ceux qui veulent créer une ‘licorne’ doivent avoir une formation très solide, souvent dispensée dans les grandes écoles”, tranche Sylvain bureau, directeur de l’Institut Jean-Baptiste Say de l’ESCP Europe. Et d’ajouter : “Le mythe de l’autodidacte est très grave parce que statistiquement faux.” Plutôt juste si l’on regarde le profil des fondateurs des startups françaises valorisées à plus d’un milliard de dollars : Stanislas Niox-Château, à la tête de la jeune licorne Doctolib sort d’HEC ; Frédéric Mazzella, fondateur de Blablacar est Normalien ; Jonathan Benassaya, cofondateur de Deezer a fait l’Essec et Octave Klaba d’OVH sort de l’Icam, une école d’ingénieurs.

Sans aller jusqu’à la licorne, selon une étude de Roland Berger et Numa sur la base de 375 startups interrogées, 46% des fondateurs seraient sortis d’une grande école, pour moitié d’une école de commerce et pour l’autre, d’une école d’ingénieurs. Pis, en 2017, les trois quarts des fondateurs des startups françaises présentes au CES de Las Vegas cette année-là étaient issus d’une grande école, note la Conférence des Grandes Écoles (CGE), qui regroupe près de 200 écoles de commerce et d’ingénieurs.

Alors, entrepreneuriat rime-t-il forcément avec grande école ? S’il est clair que de nombreux fondateurs de startups ont des diplômes prestigieux, d’autres profils arrivent à se démarquer. C’est le cas de Floriane Addad, 37 ans, fondatrice de MyTroc, une startup qui permet d’échanger biens, loisirs et services. “J’ai eu un schéma de pensée différent : j’étais plus libre et capable de prendre plus de risques. Je me suis lancée sans même avoir de business plan validé et j’ai beaucoup fonctionné à l’instinct”, raconte-t-elle.

“Gagner du temps”

Mais le chemin n’a pas été de tout repos : issue du domaine artistique et sans diplôme en poche, elle a dû apprendre seule. “On faisait rentrer de la ‘love money’ et on arrivait à trouver des avocats pour nous aider. Mais j’ai dû toute seule faire la montée de capital (qui consiste à attribuer aux investisseurs des parts de capital), j’en ai pleuré”, confie-t-elle. Pour s’en sortir, elle a pris un modèle d’augmentation de capital d’une autre société et a repris tous les calculs. Quatre ans après, la jeune femme prépare une levée. Elle revendique aujourd’hui 130.000 utilisateurs et un chiffre d’affaires prévisionnel de 300.000 euros pour 2019. Elle reconnaît néanmoins que la formation grande école lui aurait permis d’accélérer son affaire et de lever des fonds plus tôt.

Gagner du temps, c’est l’argument donné par tous les entrepreneurs interrogés : avec une formation plus “exigeante”, ils auraient fait moins d’erreurs, estiment-ils. “Une grande école m’aurait apporté un réseau et une légitimité. Quand vous voyez les levées de fonds, ce sont souvent les mêmes profils HEC et Essec et les investisseurs sortent de ces mêmes écoles”, assure Karim Fadloun, fondateur d’A2Job, une plateforme de mise en relation entre des professionnels du milieu médico-social et des employeurs.

Trouver du réseau autrement

Cet ancien travailleur social de 32 ans, avec seulement un bac en poche, s’est rapidement fait accompagner. D’abord par la CCI de l’Essonne, puis par des formations financées par Pôle emploi. “Mais ce ne sont pas dix rendez-vous chez Pôle emploi qui remplacent cinq années d’études”, reconnaît l’entrepreneur. Le clap de fin arrive avec les Déterminés, une association qui promeut l’entrepreneuriat dans les quartiers. Ni une, ni deux, il démarre une formation de cinq semaines et cinq mois d’accompagnement. Il apprend tout : business plan, réseau, pitch, conseils juridiques… Aujourd’hui l’entrepreneur cherche à grandir et est en discussion avec des business angels pour préparer une levée de 300.000 euros.

Mais pour lever des fonds, encore faut-il du réseau, précieux sésame des grandes écoles. “J’ai travaillé dix ans avant de lancer ma boîte. Je faisais de la stratégie marketing, j’avais des contacts dans ce domaine, assez hauts placés dans les organisations”, indique Anthony Garcia, 33 ans, cofondateur de Lilm, une startup positionnée sur les meubles sur-mesure. Il a au départ un BTS informatique et un diplôme en marketing digital de l’université de Grenoble. Comme lui, 32% des entrepreneurs sont issus de filières universitaires (étude Roland Berger et Numa).

Grâce aux compétences acquises avec son premier métier et un intérêt depuis toujours pour les startups, il n’a pas hésité à se lancer en 2017 avec son associé, lui aussi issu de l’université. Il s’est aidé de Koudeta, un mooc gratuit lancé par The Family, qui accompagne les entrepreneurs dans leurs premiers pas. Aujourd’hui sa startup vient tout juste de lever un million d’euros et prévoit de s’exporter en Europe à l’horizon 2020.

Un choix

Pour d’autres, se lancer sans formation entrepreneuriale est un argument fièrement mis en avant. Mathilde Lacombe et François Morrier à la tête d’Aime, une startup de la BeautyTech qui propose des compléments alimentaires, ont fait le choix de ne pas s’associer avec un profil business et préfèrent apprendre avec l’expérience. Ils ont été frustrés par leur première aventure entrepreneuriale, JolieBox (rachetée en 2013 par l’américain BirchBox), où sur les cinq associés, ils étaient les deux seuls issus d’un milieu créatif.

“Je connais bien le marché. Forcément j’ai appris des tonnes de choses qui nous ont permis de gagner un temps fou. On a acquis une sorte de feeling, on est plus affutés pour aller à l’essentiel et savoir ce qui va marcher ou pas”, explique Mathilde Lacombe. L’entrepreneuse de 31 ans, ex-journaliste et bloggeuse, fait néanmoins part au départ d’un “sentiment d’imposteur” qui “n’avait pas fait HEC”, mais rapidement dissipé.

“Finalement, j’ai pris conscience que mes compétences avaient une valeur plus rare que celles que pouvaient avoir ceux sortis d’écoles. Je suis capable de créer une marque et reconnaître un besoin”, poursuit-elle. Sa startup va bientôt fêter ses un an et vient d’ouvrir sa première boutique dans le centre de Paris. Une autre, à Covent Garden dans le cœur de Londres, serait en préparation pour tester le marché anglais. Et ce ne sont certainement pas ses études littéraires qui vont freiner cette serial-entrepreneuse.

Source : start.lesechos.fr

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